Avec Déjeuner(s) du matin, Pauline Paris signe un projet ambitieux et singulier : transformer un poème culte en une œuvre musicale et visuelle à épisodes. À la croisée du cinéma, de la chanson et de la narration, elle revisite un classique pour en révéler toute la modernité.
D’un poème à une œuvre cinématographique
À l’origine, un texte emblématique de Jacques Prévert, mis en musique par Joseph Kosma, et interprété en 1959 par Marlene Dietrich.
C’est cette version — presque parlée, habitée d’un souffle cinématographique — qui a profondément marqué Pauline Paris. Fascinée par cette tension silencieuse, elle imagine alors une extension du morceau : non plus une chanson unique, mais un récit éclaté.
Son idée : faire évoluer Déjeuner du matin en un véritable film musical en 9 épisodes, chacun incarnant un point de vue différent autour d’une même scène.
Une narration fragmentée, au cœur de l’intime
Le projet Déjeuner(s) du matin se compose ainsi de 9 chansons / 9 clips, chacun révélant progressivement les dessous d’une intrigue amoureuse.
Le premier épisode, Déjeuner du matin, nous place dans la salle à manger d’un château à la campagne.
On y suit le point de vue de Madame, attablée face à Monsieur, dans un silence chargé de non-dits.
Mais derrière cette banalité apparente se cache une histoire plus complexe, qui se dévoile au fil des épisodes.
Un sujet fort : l’homosexualité cachée dans les années 60
Au cœur du projet, Pauline Paris aborde une thématique encore peu explorée sous cette forme :
👉 l’homosexualité contrainte au silence dans les années 1960
À une époque où cette orientation était encore réprimée en France, les relations devaient souvent rester invisibles, dissimulées derrière des apparences sociales.
À travers cette relecture du poème, l’artiste met en lumière :
- les non-dits
- les tensions invisibles
- les identités cachées
Le dispositif narratif — multiplier les points de vue — permet justement de révéler ce qui échappe au regard dans la version originale.
Une œuvre totale, entre musique et image
Réalisé par Pauline Paris et Duncan Roberts, le projet se distingue par :
- des arrangements cinématographiques
- une mise en scène soignée
- une volonté de fusionner chanson et narration visuelle
Chaque épisode fonctionne à la fois comme une pièce autonome et comme un fragment d’un récit plus large.
Une relecture contemporaine d’un classique
Avec Déjeuner(s) du matin, Pauline Paris ne se contente pas d’adapter Prévert : elle le prolonge, l’interroge et le réinscrit dans des problématiques contemporaines.
Un projet à la fois artistique et politique, où la mémoire littéraire devient un terrain d’exploration pour raconter autrement les histoires d’amour — celles qui, longtemps, n’ont pas pu être dites.