[Cultur’instant] Adios Audio, Make One’s Way

Formé en 2016, Adios Audio est un groupe de rock sud-coréen indépendant. Les 4 artistes qui le composent sont Maho, chanteuse et guitariste, Im Ho Jae, claviériste, Kim Seung Jun, batteur, ainsi que Jeong Jin Seong, bassiste.

Le quatuor nous propose une esthétique simple et épurée, accompagnée d’une énergie musicale simultanément douce et puissante. Leur virtuosité est leur force et leur passion est leur arme : le groupe a déjà démontré ses capacités à travers différents titres. En effet, en 2016 et en 2017, Adios Audio sort plusieurs singles. En 2017, c’est un album qui voit le jour, comprenant 2 chansons originales (plus une version instrumentale de l’une d’entre elles) et les versions remasterisées de leurs 4 précédents titres. En mars 2019, Adios Audio sort son premier EP constitué de 6 chansons originales.

Make One’s Way et son clip éponyme nous montrent, sous son meilleur jour, un groupe qui a certainement un bel avenir devant lui. Au cours de cet article, revenons sur les différents morceaux de l’album, le clip, ainsi que la jaquette, figure visuelle représentant de leur musique.

L’album

Les différentes pistes qui le composent tournent autour du printemps et de la thématique du souvenir. Cette réflexion sur le vécu ouvre une porte vers l’avenir en mettant en avant le besoin d’avancer et l’obligation de vivre avec les événements passés. Make One’s Way nous propose le chemin suivant :

  1. Scene
  2. Make One’s Way
  3. Take me back
  4. Vignette
  5. Hoo hoo
  6. Primula

Les 6 morceaux gardent un même style et une même constante. Leur musique, bien que très rythmée, est plutôt douce et très subtile. Chaque instrument est mis en avant à des moments clés afin de créer différentes atmosphères.

Ainsi, l’entrée en scène se fait en douceur avec Scene, au rythme posé mais bien marqué. Les instruments se font discrets sur les couplets tandis qu’ils propulsent la voix de la chanteuse Maho pendant le refrain. On se dirige ensuite vers Make One’s Way, la chanson titre de l’album. Encore une fois, la douceur domine, bien que ce morceau se veuille plus « punchy » que le précédent. Maho chante parfois presque a capella et est accompagnée par ses musiciens qui font les chœurs de la chanson. Take Me Back a des accents presque cosmiques, bien en accord avec le thème du voyage abordé dans cet album (mais on y reviendra). Les voix sont mises à l’honneur, principalement accompagnées par la batterie. La chanson qui suit, Vignette, semble tirer son influence du jazz. Le clavier se fait plus présent et la guitare plus timide. La piste se veut reposante, avec une ambiance rétro presque mélancolique. Dans Hoo Hoo, le clavier (qui était plus en retrait dans les 3 premières pistes) continue son bonhomme de chemin pendant que la guitare reprend du poil de la bête. Les paroles sont entrecoupées de petits « hoo hoo » qui viennent suspendre la musique, toujours de manière subtile. On découvre Maho avec une voix parfois rocailleuse, pour donner plus de piment à la chanson, ce qui n’est. Primula commence par des accords au clavier graves. On retient son souffle. La voix de Maho retentit et après quelques accords on retrouve les autres instruments. La fin de l’EP approche et ça se sent : la piste se clôt sur un solo au clavier partiellement accompagné par la voix de Maho. On finit comme ça, et c’est très bien. La balade prend fin, mais pas le chemin qui semble tout tracé pour Adios Audio : beau et plein d’espoir !

Sa symbolique

Primula est le nom scientifique de la primevère. C’est une fleur qui apparaît au tout début du printemps et qui symbolise la jeunesse, les premiers sentiments amoureux et leur pureté. Cette fleur, une des premières annonciatrices du printemps, correspond tout à fait au sujet principal de cet album : une rétrospective des moments passés, vers une continuité (la vie continue son cours, et nous devons faire de même) voire vers un renouveau (reculer pour mieux sauter).

Le titre de la chanson principale mais également de l’album, Make One’s Way, signifie littéralement « faire son chemin ». Dans cette chanson, Adios Audio nous parle d’un été sur le point de se terminer, en disant « Nous étions tous deux jeunes et immatures, je chérirai cette image ». On comprend alors toute la mélancolie qui se dégage de l’album, toutefois empreint d’une pointe d’espoir puisqu’il finit sur la chanson « Primula » (symbole du printemps et du renouveau). Le groupe nous livre ainsi un album qui, à l’oreille, oscille entre tristesse et réconfort, tout en poésie Le groupe a su rester dans son style initial tout en proposant une histoire, un cheminement, qui font également le charme de cet album bien que l’on puisse profiter de chaque piste séparément.

Le clip

Le clip accompagnant la chanson titre nous montre le groupe en plein milieu d’une étendue d’herbe, de caillou et de sable. La luminosité est faible et les tons sont froids et tristes. Pourtant, Maho porte sur certains plans un pull jaune poussin, en contradiction avec son environnement. Des petites animations viennent de temps à autre souligner les membres et leurs instruments pour rajouter une pointe de gaieté dans cette mélancolie. Vers la deuxième moitié de la vidéo, Maho se retrouve à chanter seule sur le toit d’un immeuble, en plein milieu d’une ville qu’on imagine être Séoul. Les couleurs sont plus accueillantes. Peut-on interpréter cela comme une introspection ? Comme si la chanteuse se remémorait de bons moments ou si, à l’inverse, espérait s’en faire de nouveaux pour continuer à avancer ? On peut voir ce changement d’ambiance comme un chemin mental qui se poursuivrait indépendamment du lieu mais également du temps. En effet, lors des précédentes scènes sur cette vaste étendue désertique, le ciel est parfois remplacé par différents filtres faisant penser à l’espace. A d’autres moment, la course des nuages est accélérée là où le groupe évolue et joue normalement. C’est un voyage, une réflexion sur un souvenir passé qui restera ancré dans leur esprit, toujours fidèle aux paroles de la chanson.

La jaquette

Notre œil est d’abord attiré par cette route jaune sur un fond rouge vif. Le visuel se constitue principalement d’aplats et joue sur la perspective des formes et sur la suggestions d’objets, de représentations. Le chemin couleur citron nous mène vers le titre de l’album « Make One’s Way », avec une typographie linéale et anguleuse. Ce choix n’est pas anodin car il permet au texte de s’ancrer dans le visuel qui l’accompagne : des immeubles, uniquement représentés par des contours blancs. On fait alors le rapprochement avec la scène se déroulant dans Séoul comme constaté précédemment. Comme si le chemin parcouru dehors l’avait menée là, dans la ville. Ou vice-versa ?


Adios Audio a beau être un jeune groupe, son style est déjà défini, appuyé par une musique subtile mais puissante. Si on peut reprocher aux chansons de l’album d’être souvent basées sur le même schéma (peu de surprises), on peut également y déceler une certaine cohérence ainsi qu’une continuité. Le groupe étant peu connu, il est compliqué de trouver les paroles et les traductions de toutes leurs chansons. Malgré tout, les informations récoltées jusqu’ici laissent penser à une histoire que les membres auraient imaginée. Il y a peu de prise de risque, mais c’est également un bon moyen d’apprécier l’album comme un tout, presque comme une seule grande chanson découpée en six parties. Après avoir écouté l’album dans sa totalité, on ressent une émotion particulière : c’est comme une aventure qui se termine, une histoire qui prend fin. On attend, avec impatience, le prochain album, la suite de cette aventure ou le début d’une nouvelle.

C’est ainsi qu’Adios Audio a su nous transporter hors du temps, laissant son empreinte dans nos oreilles mais également dans nos cœurs grâce à leur musique touchante, poétique et humaine : les sentiments décrits peuvent être ressentis pour tous. On leur souhaite de continuer leur chemin et de devenir un groupe phare de leur catégorie.