Hommage à Jacob Desvarieux

Le 30 Juillet 2021, nous avons malheureusement appris le décès de Jacob Desvarieux, des suites de la COVID-19. Musicien à part entière, il était également le fondateur du groupe mythique Kassav’.

Né en 1955 dans la capitale Française, Jacob Desvarieux grandit entre la Guadeloupe, la Martinique et le Sénégal : plusieurs sources expliquent qu’il recevrait de sa mère une première guitare, le permettant d’explorer sonorités et classiques musicaux.

Naissance de Kassav’

C’est en 1979 que bon nombre d’entre nous connaîtrons Jacob Desvarieux. En effet, il s’entoure de Pierre-Edouard Decimus et Freddy Marshall en fondant le groupe antillais Kassav’ : ce nom est symbolique, car il représente la cassave (galette de manioc) en créole.

Kassav’ (source : RTS)

Quelques années plus tard, ils accueillent les célèbres « Jocelyne Béroard, Jean-Philippe Marthely, Jean-Claude Naimro, Patrick Saint-Eloi » [Musique : Décès à Pointe-à-Pitre de Jacob Desvarieux, légende du zouk]. Renouveau artistique avec un nouveau genre musical : le zouk. Mais ce dernier ne s’est pas créé tout seul : il représente le fruit d’une série de recherche, visant à innover et valoriser le patrimoine culturel des Antilles.

 » Au départ, c’était un laboratoire : nous cherchions à trouver une bande-son qui fasse la synthèse de toutes les traditions et sons antérieurs, mais qui soit exportable partout « 

[Libération, 2016]

Influence réciproque entre Kassav’ et la musique Africaine

Pendant plus de 40 ans, Kassav’ a sillonné le monde, remporté de nombreux disques d’or et vendu des millions d’albums, allant jusqu’à influencer les œuvres de Miles Davis, figure emblématique du Jazz. Ce dernier expliquait que le Zouk de Kassav’ représentait la « musique du futur ».

Plusieurs collaborations, notamment la reprise Oulé en collaboration avec Toofan, marquant la consécration du Zouk.

Il s’agit du premier groupe noir à s’être produit en Russie, et le premier groupe Français à avoir rempli le Stade de France.

Qu’est-ce que le Zouk ?

Considéré pour certains comme étant un « bal chaud » au XXème siècle, il serait principalement caractérisé par un tempo rapide de 120 à 145 bpm, avec un rythme souligné par les percussions et une forte section de cuivres : il est également représenté par l’accompagnement des guitares électriques qui accompagnent les voix.

Fermement attaché à la musique Guadeloupéenne, Kassav’ n’a pas hésité à l’internationaliser avec diverses collaboration, dont celle du titre Laisse Parler les gens, en feat avec Jocelyne Labylle, Cheela et Passi.

ZOUK – Kassav Syé Bwa

Dans le cas de Kassav’, je vous recommande le titre Syé Bwa : le clip a été tourné dans les rues de Kinshasa, en République Démocratique du Congo (anciennement Zaïre à cette époque).

Je vous recommande aussi le titre Ho Madiana, un titre inspiré du refrain de Missengue (par Pierre Mountouari).

« L’Afrique s’est ouverte à nous avant même la France », expliquait Jocelyne Béroard en 2019 au magazine Jeune Afrique.

Vous remarquerez des chansons avec des bases musicales plus ou moins similaires, en Afrique ou partout ailleurs : dans cet article, j’aborderai principalement les acteurs des musiques Congolaises et Angolaises.

Kassav’ à l’anniversaire de Tshala Muana

Dans la chanson Mwen malad aw, vous entendrez des paroles en Lingala : « Tout le monde eh! Maboko », voulant dire « Tout le monde, les mains en l’air ».
Saviez-vous qu’il y a une histoire relative à Tshala Muana, artiste de renommée en République Démocratique du Congo ?

Tshala Muana (source : https://www.kafunel.com/tshala-muana-62-ans-chanteuse-congolaise-arretee)


Reconnue à l’international (et également en France), pour avoir valorisé le Mutwashi, danse traditionnelle Muluba, peu de monde savait que ce titre était inspiré d’une grande artiste comme Tshala Muana.

Pour l’anniversaire de notre Mamu Nationale, Kassav’ était convié à cette belle fête : dans cette vidéo, Jacob Desvarieux vous explique les raisons de cette dernière.

Franco et le TP OK Jazz – Kinsiona (1972)

Bien souvent, les œuvres de Kassav’ me font également penser à l’illustre disparu Franco Luambo Makiadi, autre monstre de la musique moderne Congolaise, chanteur, guitariste comme Jacob Desvarieux.

TPOK Jazz, Kinsiona

Malgré la tristesse des paroles en Kikongo, en rapport avec le décès précoce de son frère Bavon Marie Marie, il y a dans cette œuvre :

  • Le rythme marqué par les instruments à cuivre, une des caractéristiques de la rumba Congolaise.
  • La complémentarité de la guitare, qui a modernisé la musique Congolaise, qui serait introduite par le saxophoniste originaire de Brazzaville : Jean-Serge Essous (source : ici).

Manuel D’Oliveira

Manuel D’Oliveira, Basi banso Tapale

Angolais d’origine, Manuel D’Oliveira est considéré parmi les pères de la rumba Congolaise, musique que l’on doit aux Bakongo (rumba issue de Nkumba, voulant dire nombril en Kikongo), Basi Banso Tapale représente une structure guitaristiquement similaire au Zouk.

Pierre Mountouari – Missengue

Le premier disque d’or de l’artiste. Originaire de Kinkala, Pierre Mountouari présentait dans cette oeuvre une partie de sa vie : en effet, ce titre aborde des problèmes conjugaux entre ce dernier et Jacqueline Missengue, la mère de ses enfants pour « qu’elle revienne à la raison ». Une anecdote inédite allait être à l’origine d’un succès du côté de Kassav’ :

« Alors que Pierre Mountouari enregistrait Missengue, Jacob Desvarieux qui se chargeait de la prise de son au studio Johanna va s’inspirer de ce refrain pour composer sa célèbre chanson Oh Madiana en 1982 ». (Source : Les immortelles chansons d’Afrique : « Missengue » de Pierre Mountouari)

Mais, nous pouvons également dire que la musique de Jacob Desvarieux en a influencé plus d’un sur le continent Africain. Voici ci-dessous 3 œuvres qui marquent cette effet :

Emeneya – Album Nzinzi (1987)

Plusieurs sources expliquent que King Kester Emeneya cotoyait souvent Jacob Desvarieux, preuve supplémentaire montrant les influences musicales qui ont émanées!

Peut être une image de 2 personnes
King Kester Emeneya et Jacob Desvarieux (source : Facebook)
Peut être une image de 2 personnes et texte qui dit ’TUERAPY Alexis Yamamoto le kesterien’
King Kester Emeneya & Jacob Desvarieux (Source : Facebook)

Abeti Masikini – Bébé Matoko, clip disponible sur YouTube.

Papa Wemba – Bakwetu (1988)

Et un dernier cadeau pour vous montrer cette influence : Jean Claude Naimro de Kassav feat Papa Wemba (R.I.P) & Nene Tchakou: Ou Pèd La Klé A (1996)

Nous pourrions passer des heures à vous présenter la musique de Kassav’, mais nous ne pouvons que le remercier de son apport à la musique internationale. Preuve en est que les hommages se multiplient dans le monde entier :

« Jacob Desvarieux était très très connu à travers cet orchestre mythique, Kassav’. Je dirai que c’est une valeur sûre de la musique mondiale, guadeloupéenne, française et africaine », a témoigné l’artiste Zao. « Il a réalisé ses œuvres avec sa voix qui sortait de l’ordinaire. C’est un grand monsieur. Sa mort est une grande perte pour la musique en général. Il a aidé pas mal d’artistes africains, tel que le Congolais Pierre Mountouari, parce qu’il était ingénieur du son à Safari ambiance. »

Congo – Monde musical: Zao « ancien combattant » n'est pas « cadavré ! »
Zao, artiste Congolais connu pour ses titres Ancien Combattant, Moustique
Hommage de Koffi Olomidé à Jacob Desvarieux

« il avait un toucher qui était vraiment particulier. […] Jacob est unique dans sa façon de jouer, d’approcher la musique dans son ouverture musicale et culturelle. Il a permis à la musique des Caraïbes de rencontrer la musique de l’Afrique, de partout. Il a créé des ponts »

Hommage de Angélique Kidjo à Jacob Desvarieux

 » Les Antilles, l’Afrique et la musique viennent de perdre l’un de leurs plus grands Ambassadeurs. Jacob, grâce à ton art, tu as rapproché les Antilles à l’Afrique. Dakar, où tu as vécu, te pleure. Adieu l’ami « .

Youssou N’dour

Par son authenticité, il nous a fait rêver. Par ses origines, il a innové. Jacob Desvarieux nous laisse orphelins d’une ère qui nous a tous rassemblée et valorisée. Nous perdons un baobab de la musique.

Enfin, je conclurai cet article par la citation suivante : « On ne peut composer qu’avec soi-même, on est son propre matériau. » Brigitte François-Sappey

Que son âme repose en paix.

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